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couvent, craignant de se trouver seul un jour, sans personne pour lui fermer les yeux.

La jeune Bianca, alors âgée de quinze ans, était blonde, de ce blond puissant dont Titien a révélé la beauté. Ses yeux, dit la légende, étaient d’un brun ardent. Sa taille était souple, mais pleine de force et sans cesse agitée sur sa tige, comme ces beaux lis que balance le vent. Soir et matin, la fenêtre de Pietro s’ouvrait, et, par ses regards et ses gestes, il exprimait sa passion qui fut bientôt partagée. Le soir, la jeune imprudente, s’enveloppant d’un domino, descendait hardiment jusqu’à la porte de la rue ; là, elle traversait le petit pont et allait causer avec Bunaventuri, caché sous l’entrée obscure de la casa Salviati.

La Scala antica (voy. p. 23). — Dessin de Thérond d’après M. A. de Beaumont.

Une nuit, pendant une de ces absences de Bianca, un gondolier attardé, trouvant la porte de terre du palais Capello entr’ouverte, la ferma, et, lorsque la jeune fille voulut entrer avant l’aube, il lui fut impossible de l’ouvrir. Voyant alors avec effroi sa réputation perdue, son amour découvert, et tout au moins comme punition le couvent, Bianca revint vers Bonaventuri, et aussitôt ils convinrent de fuir ensemble avant les dernières heures de la nuit, afin de se mettre hors de la poursuite de Bartholomeo Capello. Une gondole prise au traghetto voisin les conduisit jusqu’aux portes du gardien du port ; Bonaventuri s’y fit reconnaître et, prétextant une mission de sa maison de banque, traversa sans encombre la lagune. Arrivés là, les deux fugitifs, au lieu de suivre la route de Rimini, qu’ils avaient indiquée, se dirigèrent par Ferrare et Bologne, et parvinrent à Florence sans être reconnus.

Au palais Capello, personne ne crut d’abord à une