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de longs cheveux, qu’elles divisent en larges tresses et qui tombent jusqu’aux talons ; dans ces tresses elles mêlent des rangs de perles qui se terminent par une espèce de médaille grande comme une pièce de cinq francs. Elles portent des jupons de drap rouge ou d’une autre couleur voyante ; par-dessus le jupon, elles ont un corset de drap de nuance claire, et tout autour de la ceinture, des grelots, qui produisent un son argentin à chaque mouvement qu’elles font ; ce qui donne à ce costume un aspect pittoresque, c’est un long voile rouge garni de bandes bleues et qui enveloppe tout le corps sans ôter la grâce du mouvement. Ce voile s’appelle un vakschéni. Hommes et femmes ostiaks se tatouent avec de la couleur bleue, ainsi que cela se pratique dans l’Amérique du Nord. Cette similitude d’usage ne prouve-t-elle pas qu’il y avait entre ces peuples des relations antérieures à la découverte de Christophe Colomb ?

J’ai oublié de dire qu’après la tombée de la neige, on a fait entrer dans la ville un troupeau considérable d’ours blancs ; ces animaux ont l’air presque doux et inoffensif ; leur peau est destinée au commerce des fourrures.

8 septembre 1839. — Quand un Ostiak voit une femme qui lui plaît, et s’il l’aime sérieusement, il s’adresse d’abord aux parents, et selon la fortune qu’il possède, il paye une somme qui lui donne immédiatement le droit d’emmener cette femme et de la considérer comme son épouse légitime. La somme en question varie de cinq à six francs, de cent a deux cents francs, selon la richesse de l’époux et selon le mérite de l’épouse. Quant au mariage chrétien, on s’y soumet selon ses convenances ou la possibilité.

Les lumières du christianisme pénètrent lentement dans l’esprit de ces peuples sauvages ; la religion a si peu de puissance, qu’un Ostiak, après avoir reçu le baptême, conserve souvent ses coutumes païennes. Presque tous les Ostiaks portent sur eux l’image grossière des divinités qu’ils adorent, sous le nom de Schaïtan, ce qui ne les empêche pas d’avoir sur la poitrine une petite croix en cuivre. Le Schaïtan représente la figure humaine, sculptée en bois, ou plutôt taillée dans un morceau de bois. Le Schaïtan est de différentes grandeurs, selon le prix et selon l’usage qu’on lui destine ; celui qu’on porte sur soi est petit, celui qui décore la maison est plus grand, mais dans toutes les circonstances le dieu est recouvert de sept chemises brodées en perles, puis on lui attache au cou des monnaies d’argent. Le dieu a la place d’honneur dans les huttes, dans les chaumières, et avant de commencer le repas, on a bien soin de lui offrir le meilleur morceau, en lui barbouillant les lèvres de poisson ou de gibier cru ; ce devoir sacré étant accompli, on mange en sécurité.

Les Ostiaks ont des prêtres, appelés scha-mans ; ces prêtres ont une énorme influence, qu’ils entretiennent à l’aide de la superstition et dans un but d’intérêt personnel : l’ambition et l’égoïsme peuvent se passer de science et de lumières pour corrompre les hommes !

18 septembre. — La ville est attristée par la mort d’une jeune femme qui était aimée et estimée de toute la population : elle avait épousé un des plus riches négociants de Bérézov, rien ne manquait à son bonheur, elle allait être mère ; mais les moyens qu’on employa pour hâter sa délivrance la firent succomber après d’affreuses souffrances. Quand les douleurs commencent à venir, on fait avaler à la malade une boisson composée de savon, de poudre à canon et d’autres ingrédients aussi corrosifs ; après cette boisson les convulsions se déclarent ; si la femme est robuste, elle peut résister à ce traitement barbare ; mais si elle est d’une faible complexion, elle meurt presque instantanément, elle est comme foudroyée ! Quant à l’enfant, il est parfois sauvé, alors on le plonge dans un bain, et il n’y a plus de raison pour mourir s’il a résisté à cela.

Types sibériens. — Samoyèdes (voy. p. 232).

Le commerçant, qui adorait son épouse, lui a fait des obsèques d’une grande magnificence. Le cercueil était recouvert de drap écarlate, à crépines d’or. Quand on l’eut transporté à l’église, la famille de la défunte se rangea autour, et la mère du mari se mit à pousser des hurlements lamentables qu’elle interrompait pour raconter la vie, les mérites, les vertus de la morte ; puis les belles-sœurs se livrèrent au même exercice ; quant aux assistants étrangers à la famille, ils faisaient des observations critiques sur la manière dont parlaient les acteurs de cette scène.

Une femme qui se tenait derrière moi disait à sa voisine : « Vraiment, c’est plaisir de voir Mme T…, per-