Page:Le Tour du monde - 06.djvu/185

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


On ajoute que de là on a des vues magnifiques sur la ville et les Alpes.

Dans la tête de la Bavaria.

Les jours ménagés sont trop étroits pour suffire au renouvellement de l’air, quand la statue a reçu plusieurs visites ; et je crois me rappeler que ce qu’on voit le mieux, ce sont deux mâts bariolés de bleu et de blanc, couleurs de la Bavière, mais sans drapeaux ni insignes quelconques et qu’on a placés en avant de l’escalier conduisant à la statue. Si sa main lâchait la couronne, c’est l’un d’eux qui serait couronné. Je ne comprends pas que la municipalité de Munich tienne en permanence ces deux perches au devant de son monument favori.

Intérieur du chignon de la Bavaria.

Cette petite histoire des erreurs relatives à la Bavaria est à faire trembler les historiens présents et futurs. Voilà un fait qui est matériellement faux : cinquante personnes peuvent le constater tous les jours, et il n’en court pas moins, comme vérité, toute l’Europe d’un bout à l’autre.

Du colosse grec passons à l’arc de triomphe romain ; nous irons ensuite à l’obélisque des Pharaons ; on peut ainsi voyager dans Munich, sans sortir de l’antiquité.

La Siegesthor ou Porte triomphale est à une des extrémités de la Ludwigsstrasse. C’est l’arc de Constantin avec l’inévitable quadrige. Nous l’avons au Carrousel. Mais entre les deux copies, il y a cette différence que la France s’est contentée de mettre des chevaux à son char et des soldats dans les entre-colonnements ; la Bavière fait traîner son quadrige par des lions et remplace nos soldats par des Victoires dont la rapidité a été ou doit être si grande qu’il a fallu leur donner des ailes. Au-dessous cette inscription : À l’armée bavaroise ! Nous voilà avertis et la France n’a qu’à bien se tenir.

Je trouve excellent de stimuler le patriotisme, mais la flatterie ne vaut pas mieux pour les peuples que pour les rois. L’histoire est pleine des sottises et des culbutes faites par des gens qu’on avait hissés sur des échasses.

Au même ordre d’idées appartient « le Portique des Grands-Capitaines. » Aucune des nations militaires de l’Europe n’a encore songé à bâtir un pareil édifice. Ce ne sont pas toujours les plus riches qui font sonner le plus haut leurs écus. Cette fois, le roi Louis n’a pas eu la main aussi heureuse qu’à la Rumeshalle. Il a eu beau chercher, il n’a trouvé que deux hommes à mettre sous son portique, Tilly et de Wrède. L’un qui, dans la guerre de Trente ans, fut moins le général de l’électeur que celui de la ligue catholique ; l’autre qui servit plus la France que la Bavière et à qui mal en prit de vouloir, après Leipzig, arrêter à Hanau le vieux lion blessé. Comme il convient, en pareille circonstance, ce n’est pas d’un bronze vil qu’on s’est servi. Si j’en crois le livret, on a fait la statue de Tilly avec des canons de la flotte turque détruite à Navarin… par l’Angleterre et la France. Mais qu’y a-t-il de commun entre Tilly et ce bronze turc acheté à des Grecs ? Quant à de Wrède, il est fait de canons « pris à l’ennemi en diverses occasions. » À la bonne heure. Mais n’y aurait-il pas là quelque peu de bronze des chers confédérés conquis avec nous, avant 1813, peut-être même du bronze autrichien ?

Tout récemment, le 28 novembre 1861, le roi Max a fait dresser une statue avec cette inscription : « Au grand philosophe Schelling, érigée par son disciple reconnaissant Maximilien II, roi de Bavière. » Voilà qui est bien et je loue fort ce sentiment peu ordinaire dans les princes, j’aime mieux aussi cette statue que celle de Wrède ; mais où est la philosophie de Schelling aujourd’hui ! Demandez à Villon où sont les neiges d’antan ?

Il y a des obélisques à Paris et à Rome, donc il en fallait un à Munich. Mais comme on n’avait pas à portée de la main les montagnes de granit nécessaires, on l’a coulé en bronze. Il est haut de trente mètres et ses quatre faces noires n’ont ni ornements ni sculptures. C’est sombre et

    losses kopf, in welchem allein 30 Personen Raum haben. » Dr. Söltl, München mit seinen Umgebungen, p. 189. Un autre, un Anglais, ajoute qu’on monte dans ses yeux et dans sa bouche, quoique celle-ci n’ait que trois cent soixante-cinq millimètres et les yeux