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La cage à poulets que portait un de nos guides excita au plus haut degré l’admiration des habitants de Bredåker ; ces volatiles leur étaient entièrement inconnus. « Ce sont des paons, disaient les enfants. — Non, ce sont des perroquets, répondaient les autres. — Ah ! les sots, ajoutaient les matrones, ne voyez-vous pas que ce sont des dindons ? ça se mange. »

Les cultivateurs de cette contrée à demi sauvage sont logés avec un luxe inconnu dans d’autres pays beaucoup plus riches ; chaque ménage à trois habitations différentes : une pour l’hiver, qui reste ouverte afin d’être bien aérée pendant la belle saison, une autre pour l’été, et enfin une troisième près de l’église la plus rapprochée. Ces logements sont spacieux et d’une grande propreté. Une famille, pour vivre à l’aise, doit posséder de trente à cinquante rennes ; elle les confie à un Lapon des environs, qui les soigne, veille à leur reproduction, et ramène en automne les bêtes bonnes à abattre. La rétribution annuelle de ce gardien vigilant et probe s’élève à 60 centimes par tête de rennes. On sale ou l’on fume la viande ; la langue est le morceau le plus délicat.

De Bredåker nous montâmes en bateau et nous remontâmes le fleuve de Luleå, grand et beau cours d’eau qui traverse de belles forêts coupées à de rares intervalles par quelques établissements agricoles. Le gouvernement suédois favorise les essais de culture ; tout colon nouveau est exempté d’impôt pendant les trente années qui suivent son installation.

Un relais de poste.

Nous nous arrêtâmes pour dîner à Svartlå, dépendance de l’immense possession de Gellivara qui a l’étendue d’une principauté et contient une quantité prodigieuse de minerai. Cette propriété a déjà ruiné plusieurs associations de capitalistes séduits par les descriptions féeriques de ses immenses ressources en bois et en fer. On vient de la vendre à une compagnie anglaise qui se propose, dit-on, d’exécuter une voie ferrée nécessaire à son exploitation. Svartlå domine de la hauteur tout le paysage, et ses scies dépeuplent avec une activité prodigieuse les forêts qui bordent le fleuve.

À quelques lieues plus loin nous descendîmes à terre pour aller visiter la chute d’Edforss, dont le bruit s’entend d’une demi-lieue de distance. On y pêchait le saumon. Cette pêcherie appartient à l’État qui l’afferme à une compagnie particulière. La manière de prendre le saumon est fort simple. On oppose aux poissons qui veulent remonter la chute, des paravents en bois fixés à son sommet ; le saumon, après plusieurs vaines tentatives, retombe découragé dans les réservoirs grillés, en forme de cage, fixés au fond de l’eau, au bas de la chute, et dont les ouvertures ont la forme d’entonnoirs. Tous les jours on procède à la visite des réservoirs qui, au moyen d’une manivelle à cric, sont hissés au-dessus de la sur-