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d’un trait à la santé de chacun de nous séparément. Une de ses jolies patientes me raconta en valsant que c’était du reste le meilleur médecin du pays, mais qu’il fallait toujours regarder la position de ses lunettes avant de le consulter : « Quand il les porte à la racine du nez, me glissa-t-elle à l’oreille, c’est qu’il n’a pas bu de « pounch » du tout, alors il ne vaut rien ; quand les lunettes lui tombent vers l’extrémité du nez, il en a trop bu et ne vaut rien non plus. Il faut qu’il les porte sur la bosse même de son nez, parce que c’est le signe qu’il a bu juste assez pour jouir, de sa plus grande force de pénétration. » En regardant avec attention l’Esculape, je vis que ses besicles avaient depuis une demi-heure considérablement glissé et dépassé la bosse… de la perfection.

Heureusement tout le monde m’avait l’air de jouir de la santé la plus parfaite.

Descente périlleuse.

En quittant Nyjätra, nous traversa nies une épaisse forêt de sapins : elle était si déserte et si sauvage que nous sentîmes bientôt la tristesse nous gagner ; aussi fut-ce avec un vif sentiment de satisfaction que tout à coup, à un contour de la route, nous découvrîmes un lac charmant, et sur une verte colline une jolie église planant au-dessus d’une centaine d’élégantes habitations rustiques qui se miraient dans l’eau.

Cette petite ville d’aspect si séduisant est Busträk. Nous hâtâmes le pas. « Les habitants doivent être à l’aise et heureux ! » nous disions-nous. Mais, ô déception toutes les rues étaient désertes, les portes et les volets fermés. Rien que du silence. On eût dit que la mort avait passé sur toutes ces maisons. Mon postillon me donna gravement l’avis que ce n’était pas là une ville ordinaire. C’était simplement une « ville de dimanche. » — Qu’est-ce donc qu’une « ville de dimanche ? » — Voici l’explication. Comme les familles de paysans éparses dans les campagnes voisines ont à faire jusqu’à dix à douze lieues pour venir à la messe, elles ont pris le parti de se construire près de l’église un pied-à-terre. Elles arrivent le samedi soir et repartent pour leurs habitations ordinaires, le dimanche soir ou le lundi matin. La ville change, pendant vingt-quatre heures, entièrement d’aspect ; tous les volets s’ouvrent, les fenêtres se garnissent de jolies paysannes qui échangent des nouvelles avec leurs voisines, les écuries se remplissent de chevaux, et les marchands étalent leurs marchandises. Tout est animé et joyeux. J’ai rencontré depuis plusieurs autres de ces villes du dimanche, à travers ces provinces où la population est disséminée sur de si vastes étendues de terrain ; leur aspect est étrange. Nous dinâmes dans la rue, sur l’escalier d’une de ces maisons désertes.

Norda.

Le soir, nous arrivâmes à la petite ville de Skelleftea, que signale au loin, du haut d’une colline, son temple blanc, surmonté d’une coupole élégante et orné d’un portique de colonnes en bois d’ordre corinthien. Le pasteur,