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rapines. Les premiers moments d’entretien avec ces Maures sont trompeurs, les protestations de dévouement ne leur coûtent rien ; bientôt après arrive la désillusion. Jamais ils ne tiennent une promesse. À côté de cela l’hypocrisie religieuse la plus noire. Que de fois n’ai-je pas vu ces guerriers, après un acte de pillage, se prosterner la face contre terre et faire leur prière avec un sérieux désespérant ! Joignez à cela des ressentiments profonds ; un Maure peut nourrir pendant dix ans des projets de vendetta sans qu’il en paraisse rien dans ses actes ; mais, l’heure venue, la vengeance est terrible ; c’est toujours le plus lâche assassinat. Je ne parle pas de leur orgueil bien connu, qui contraste singulièrement avec leurs basses habitudes de mendicité.

Autruches du Sénégal et de l’Adrar. — Dessin de Rouyer d’après nature.

Dans la seconde classe, celle des opprimés, je range sans hésiter les marabouts ; le manteau de la religion ne leur suffit pas pour les soustraire aux exigences des guerriers.

Quant aux tributaires, ils sont bien appelés dans l’Adrar du nom de Lahma, qui signifie morceau de viande, objet que l’on peut manger comme l’on veut. Les esclaves ne sont pas comptés comme des hommes.

Ma conscience me dit que pendant le cours de mon voyage j’ai toujours fait respecter le nom français ; et les Maures, dont les préjugés sont si enracinés, ont été étonnés de nous voir nous conduire avec autant d’assurance et de dignité que si nous avions eu à notre portée l’appui assuré d’une colonne de nos soldats.

Pour extrait, dans les trois livraisons,

F. de Lanoye.