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Plusieurs voyageurs français ont vu, dans le cours de ces dernières années, la señora Doña Agostina. C’est l’un d’eux, M. Benjamin Poucel, bien connu par les grands services qu’il a rendus à l’industrie et à la science, qui a obtenu de cette dame, non sans les plus vives instances, le récit dont on vient de lire un extrait[1]. Le savant docteur Martin de Moussy, compagnon de voyage de M. Poucel dans les provinces du nord de la Confédération argentine, a bien voulu nous écrire à ce sujet les lignes suivantes :

« Monsieur,

« Tous les détails que vous connaissez sur le séjour de Mme Libarona aux frontières du désert du Chaco et qui sont relatés dans les nos 25, 26 et 27 du journal la Religion, édité à Buenos-Ayres (1858), sont d’une entière exactitude…

« … J’ai eu moi-même l’honneur de voir cette héroïne de l’amour conjugal, au mois d’août 1857, à Salta, où elle est retirée au sein de sa famille ; mais alors je ne connaissais que très-incomplétement son admirable histoire. C’est quelques mois après, à Tucuman, et à Santiago del Estero, théâtre des événements, que la véracité de ce récit m’a été confirmée par plusieurs témoins oculaires. Cette histoire lamentable y est d’ailleurs de notoriété publique et les habitants de cette dernière ville sont fiers de leur héroïque compatriote.

Ensevelissement de Don José de Libarona. — Dessin de Castelli.

« Doña Agostina Palacio de Libarona n’a point dépassé l’âge mûr, puisqu’elle n’avait que dix-neuf ans en 1841, époque de l’exil et de la mort de son mari. Aujourd’hui, environnée des siens, objet de la vénération publique, au milieu d’une famille qui l’aime (et c’est une des premières de la province), sa position actuelle est sans doute une compensation bien méritée aux malheurs de sa jeunesse ; mais la délicatesse de cette aimable dame, toujours aussi bonne que belle, n’en tire nullement vanité.

Agréez, etc.
Martin de Moussy.

« Paris, mai 1861. »



  1. Nous avons supprimé quelques développements qui nous ont paru ralentir le cours de la narration.