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de pressentiments heureux, qui jaillit du fond de l’âme et se reflète en traits lumineux dans l’être tout entier, faisant taire jusqu’au dernier les échos des murmures de la réalité !

Les lignes qui précèdent, je les trouve à peu de chose près, mot pour mot, sur mon carnet de voyage. Elles paraîtront peut-être d’un lyrisme outré et exalté ; je les conserve cependant, parce que mieux qu’une description, elles donnent la gamme des sensations où vous jettent, à première vue, Braga et ses environs.

L’époque de la fondation de Braga n’est pas certaine. En tous cas, c’est l’ancienne Bracara Augusta des Romains. Isis avait un temple dans cette ville, siége d’un collége d’archiflamines d’où sortaient les prêtres gentils, qui se répandaient dans la Péninsule. La tradition assure que Bracara fut la première cité dans laquelle Jacques le Majeur ait prêché l’Évangile dans cette colonie romaine, et la même tradition a conservé le nom des neuf disciples qui secondèrent l’apôtre dans ses travaux.

Lors de la division de la Péninsule qui fut faite sous Auguste, Braga se trouva comprise dans la Taraconnaise ; plus tard, vers le quatrième siècle de notre ère, cette province ayant été partagée, elle devint la capitale des Callaïques ou Galiciens méridionaux. Les Suèves en firent dans la suite le chef-lieu de leurs possessions. La cathédrale de Braga a le titre d’église primatiale des Espagnes, que lui dispute, il est vrai, le chapitre de Tolède. Saint Pedro de Rates, premier évêque de Braga, fut consacré par saint Jacques le Majeur ; le 26 avril de l’an 611, il reçut la mort près de l’autel où il se tenait en prières[1]. La primatie de la cathédrale de Braga a été reconnue et proclamée par le clergé de toute la Péninsule, mais le Portugal subissait alors la domination espagnole, et depuis qu’il a reconquis son indépendance, la déclaration a été retirée.

Nossa-Senhora da Oliveira (Notre-Dame de l’Olivier), à Guimaraens. — Dessin de Catenacci d’après une photographie de M. Seabra.

Je mets un terme à cette revue rétrospective en disant qu’en 1095, Henri de Bourgogne, père du grand Affonso, gouvernait le district de Braga, avec le titre de comte, sous la dépendance de son cousin Raymond, comte de Galice. Mort à Astorga, le 1er mai 1114, le comte Henri fut inhumé dans la cathédrale de Braga où l’on voit encore son tombeau ainsi que celui de sa femme, D. Taréja, morte en 1130.

La cathédrale est un édifice de vaste proportion. Dans ses formes trapues et massives, dans le mâle profil des moulures et la gravité des cintres, on retrouve la date de sa construction, qui remonte au douzième siècle, c’est-à-dire aux premières années de la monarchie por-

  1. L’Église a canonisé cent cinquante-cinq Portugais, sur lesquels cinquante-huit appartiennent au Minho, quinze au Tras-os-Montès, vingt-trois au Beira, vingt-cinq à l’Estramadure, vingt-quatre à l’Alemtejo, et dix aux Algarves.