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défend, depuis que le monde est monde, cette partie du vieux continent des fureurs de l’océan.

Au moment où la Santa-Annica doublait, à quelques toises, un fort, espèce de sentinelle en faction au milieu de la mer, à deux ou trois portées de fusil de Caminha, un des barqueiros (bateliers) nous apprit qu’il renferme une source d’eau très-pure et excellente à boire. Il nous dit aussi comme une autre singularité du lieu que jamais les rats n’ont pu s’y acclimater. Ce fort s’appelle Insua, ce qui signifie îlot en français. Or, comme l’embouchure du fleuve a des caprices qui sont des bourrasques, des colères qui dégénèrent en tempêtes, il arrive dans la mauvaise saison que la garnison d’Insua reste quelquefois des semaines entières sans communications possibles avec la terre ferme.

En nous montrant l’église de Caminha, Gaspar nous mit au courant d’une particularité dont les villes portugaises de la frontière offrent, paraît-il, plus d’une édition. En guise d’ornement, la basilique porte accrochée à l’un de ses angles une figure d’homme ; le dos tourné vers l’Espagne, ce personnage fait à l’adresse de la nation voisine un de ces gestes de moquerie grossière, de bravade indécente dont la description n’est pas permise.

Barcellos. — Dessin de Catenacci d’après une photographie de M. Seabra.

Caminha tire de la pêche un assez bon produit. Les cuisiniers indigènes conservent le secret d’une certaine sauce pour l’accommodement du saumon, dont l’Espagnol et le Portugais, nous assura Leonardo, se montrent également friands. Le saumon et la sauce ont fini par constituer au profit de la petite cité une ressource avantageuse d’exportation.

Une route très-bien tracée, parfaitement entretenue, desservie par de bonnes voitures, mène de Caminha à Vianna ; elle côtoie la mer à droite, et, à gauche, une bande de terrain de bonne culture au delà de laquelle se profilent la silhouette accidentée et les âpres contreforts d’une chaîne de montagnes.

Quant à nous, satisfaits de la Santa-Annica qui se comporte à la mer en embarcation de choix, nous voyons des bandes de marsouins, ces amis, ces joyeux compaguons du marin, s’ébaudir au large. Entre nous et la côte voltigent mille milliers d’oiseaux dont plusieurs nous font cortége, décrivant leurs élégantes spirales jusqu’au dessus du bateau. Nous tirons à ceux-là, parfois avec succès, quelques coups de fusil. Cinq ou six marsouins s’aventurent auprès de la Santa-Annica ; ils nous paraissent à bonne portée ; nous les ajustons, inutilement, il faut l’avouer, avec nos revolvers : plus rapides que les balles, retors en espiègleries, les mammifères glissent entre deux vagues et s’enfoncent dans la profondeur de la mer pour reparaître, en cabriolant, un kilomètre plus loin.

Nos fusils Lefaucheux causèrent l’admiration de Gaspar et de Leonardo ; toutefois nos revolvers les stupéfiè-