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de ces poses pittoresques qu’ont, pour ainsi dire, photographiées la plume et les pinceaux du grand naturaliste américain.

L’aigle à tête blanche. — Dessin de Rouyer d’après Audubon.

Debout sur un rocher dominant les eaux du lac, il étreignait de sa forte serre un gros poisson, enlevé par lui à une orfraie qui venait de le pêcher dans une tout autre intention que de lui en faire hommage.

« Voyez comme il foule de tout son poids ce cadavre palpitant encore ; comme il y plonge profondément son bec acéré ! Il rugit de plaisir ; on dirait qu’il savoure les dernières convulsions de sa victime, et qu’il s’efforce de lui faire sentir toutes les horreurs possibles de l’agonie[1]. »

La vallée de Monroë, où le steamer nous déposa à trois heures de l’après-midi, ne date que d’hier, mais un grand avenir lui est promis. On peut la regarder comme la tête de tous les chemins de fer du nord-ouest américain. Celui que je pris se dirige vers Chicago, en suivant d’abord le petit axe de la grande presqu’île de Michigan, et en contournant ensuite l’extrémité sud du lac de ce nom, nappe d’eau douce, plus vaste à elle seule que l’Érié et l’Ontario réunis. Sur tout ce trajet, il me fit traverser tantôt des forêts noircies par la foudre ou par les incendies des défrichements, tantôt ces immenses prairies aux larges ondulations si recherchées des laboureurs et des éleveurs de bestiaux. Les stations fort rapprochées les unes des autres desservent des localités pour la plupart encore peu importantes, mais qui

  1. Audubon, les Oiseaux d’Amérique ; le plus beau monument que le patient génie d’un homme, avec le concours de la typographie et du dessin, ait élevé à une branche quelconque de l’histoire naturelle. La bibliothèque de l’hôtel de ville de Paris doit à M. Wattemare d’en posséder un des plus précieux exemplaires existants.