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Bientôt une brume épaisse empêche de rien distinguer à quelques mètres du navire. Nous avançons avec précaution ; les matelots, placés à l’avant du vapeur, doivent sans cesse veiller à ce que nous évitions les bancs de glaces. Un choc contre ces masses pesantes nous serait funeste. Combien de bateaux à vapeur ont déjà disparu dans ces parages sans laisser aucune trace de leurs naufrages. La nuit arrive, et tout le monde semble fort inquiet à bord, sans en excepter le capitaine.

Vers le milieu du jour suivant, quelques déchirures dans la brume nous permettent d’admirer plusieurs blocs de glaces dont je m’empresse de faire le croquis. Puis l’obscurité nous entoure de nouveau et nous force de relâcher pendant la nuit dans le port d’Halifax, magnifique bassin creusé en forme de gourde entre des collines et des bois.

Îles de glace sur le banc de Terre-Neuve. — Dessin de Paul Huet d’après M. Deville.

La ville, capitale de la Nouvelle-Écosse, est bâtie en amphithéâtre, sur le penchant d’un coteau.

J’aurais eu plaisir à visiter ses rues propres et droites, ses maisons à l’aspect riant, ses églises imitées du gothique, les débarcadères de ses grands magasins de commerce dont les pieds semblent baigner dans la vague, et surtout sa banlieue verdoyante, semée de beaux villages et de charmantes villas ; mais notre vapeur, après le délai strictement nécessaire pour renouveler sa provision de charbon, reprit immédiatement la mer. Je ne pus emporter d’Halifax que de petits paniers et divers objets fabriqués par les Indiens du voisinage.

Le 22 juin, après treize jours de traversée, nous apercevons Boston, la principale ville de l’État de Massachussets. Elle s’élève au fond d’une baie dont l’étroite entrée est bordée de nombreux rochers. Plusieurs puissants steamers sortent du port. Ils remorquent à leur suite des barques de pêcheurs et des navires chargés d’émigrants. Les quais de Boston se prolongent de tous côtés dans le port. De nombreux trois-mâts se pressent sur plusieurs rangées, autour de cette grande et riche cité qui couvre le versant de plusieurs collines.

Pour embrasser ce grand ensemble d’un seul coup d’œil, il faut gravir au sommet de Bunker-Hill, bien connu comme ayant été le théâtre des principaux événements de ce siége de Boston, qui forma le début de la grande guerre de l’indépendance américaine. Là, les fils des premiers soldats des États-Unis ont érigé un obélisque en granit de soixante-dix mètres de hauteur. Trois cents marches d’un escalier, éclairé par des becs de gaz, conduisent au faite du monument d’où on découvre une vaste étendue de pays ; Boston occupe l’extrémité d’une longue et étroite péninsule, les ponts et les chemins de fer rayonnent autour de la ville, cinquante îlots ou rochers sont parsemés dans une vaste baie bordée de campagnes fertiles et accidentées. À peu de distance, on aper-