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carrioles ; un groupe d’une trentaine de paysans à cheval se pressait autour du véhicule princier pour lui faire escorte. Quelquefois, quand la route se resserrait, les cavaliers étaient, malgré tous leurs efforts pour conserver leur place honorable, jetés dans les fossés, ce qui donnait lieu à des scènes plus ou moins divertissantes.

La contrée que nous traversions est des plus montagneuses ; au fond du vallon d’Holmen s’étend un bras de mer d’une lieue de large. C’est ici, nous dit-on, que les blés mûrissent le plus vite en Norvége. Pour dîner, nous nous arrêtâmes à la petite ville de Mandal, placée au sein d’un paysage extrêmement pittoresque et qui garde ce caractère jusqu’au presbytère de Lygdal, où nous passâmes la nuit. Nous y trouvâmes un bon gîte et un souper servi par une très-jolie servante en costume national ; son corsage rouge et ses blonds cheveux, entremêlés de rubans de même couleur, rehaussaient son teint délicat.

Bal à bord devant l’Ullensvang. — Dessin de M. de Saint-Blaise.

Le lendemain matin, une vallée très-large mais assez mal cultivée s’ouvrait devant nous, arrosée par la rivière de Lygndalself ; à Figde, où ce cours d’eau s’élargit et se perd dans un horizon de montagnes bleues, nous quittâmes la vallée de Lygdal pour entrer en plein pays de montagnes ; puis gravissant, descendant et remontant une suite de côtes interminables, nous vînmes traverser en bas l’étroit et profond fiord de Fède, bordé de montagnes à pic dont les parois paraissent infranchissables. Au sortir du bac, nous trouvâmes un marchand hospitalier, M. Hansen, qui, radieux d’avoir nouvellement reçu son souverain, voulut aussi nous offrir des rafraîchissements sous son toit. Le bonhomme, tout en buvant son