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les jolies Norvégiennes que la fourchette à la main. Il résulte de cette vie séparée un sans gêne trivial entre les hommes et un manque de soin dans la mise des femmes, qui contrastent avec leur grâce naturelle.

Notre bonne étoile nous avait conduits à Christiania pendant le séjour du vice-roi dans cette capitale. Ce prince, qui depuis, a succédé à son père le roi Oscar ier, sous le nom de Charles XV, se proposait d’aller en personne visiter toutes les provinces de sa vaste vice-royauté. C’est un grand bel homme, aux formes souples et robustes, au caractère loyal et ouvert, à l’esprit aventureux. Quand un souverain est ainsi doué par la Providence, il y a tout avantage pour lui à se montrer à ses peuples, surtout dans le Nord où la force physique est en grande considération. Je vis ce monarque pour la première fois au jardin de l’université. Là se trouvait réunie toute la jeunesse de la ville pour célébrer l’arrivée des étudiants qui revenaient des universités d’Upsala et de Copenhague où ils avaient été fraterniser avec leurs voisins suédois et danois. Le vice-roi vint à la fête à cheval et au grand galop, et fut reçu par des hourras enthousiastes. Ayant appris que sous peu de jours il devait s’embarquer sur un léger bâtiment à vapeur pour visiter les côtes de la Norvége, nous résolûmes de le suivre pour ainsi dire à la remorque afin de profiter à notre point de vue des ovations qu’on lui préparait sur son passage. C’était un excellent et presque unique moyen, dans un pays où elle est si disséminée, de voir la population réunie en masse, et d’en étudier les types et les costumes divers.

Portrait du prince royal de Suède (aujourd’hui Charles XV) en costume de voyage. — Dessin de M. de Saint-Blaise.

Nos préparatifs de voyage furent bientôt faits, et le 14 juillet 1856 au soir, une heure après le départ du prince, nous nous mîmes gaiement en route pour une course qui promettait autant de sites pittoresques que de scènes variées.

Le lendemain de notre départ, on nous réveilla pour