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yoourth (fromage, voy. p. 158). Épuisés de fatigue et de chaleur, nous faisons avec ces mets primitifs un repas délicieux, et nous ne repartons qu’après quelques heures d’un repos chèrement acheté par l’étape du matin.

Du reste, une hospitalité plus confortable nous attendait le soir à la ferme de Tchifflich-Bitchir ; l’accueil gracieux que nous y recevons nous engage à y prolonger un peu notre séjour. La ferme est située au milieu d’une jolie vallée. En arrivant on peut se demander d’abord où logent les habitants. On ne voit point en effet de maisons, mais seulement des échafaudages situés à quelque distance les uns des autres. Quatre longs poteaux plantés en terre supportent un plancher, et ce plancher forme l’habitation sur laquelle les paysans se perchent comme des cigognes.

Nous nous égayons d’abord sur ces grotesques constructions, mais nous ne tardons pas à apprendre à nos dépens combien elles sont utiles. Une quantité prodigieuse de moustiques bourdonnent de tous côtés, et pendant toute la nuit, couchés à terre, nous avons beau nous envelopper de la tête aux pieds dans nos couvertures, nous ne pouvons échapper aux poursuites de ces maudites bêtes. Il nous est littéralement impossible de fermer l’œil ; pendant ce temps les Turcs reposent avec une tranquillité parfaite sur leurs planchers aériens, les moustiques ne s’élevant jamais à cette hauteur.

Chariot de voyage (Boly). — Charriot à fourrages (Ismedt). — Dessin de Pelcoq d’après J. E. Dauzats.


L’agriculture en Asie Mineure. — Les prairies. — Chariots à foin. Charrue. — Culture du blé, de l’orge et du riz. — Machine à battre. — Vannage. — Le lait et ses usages. — Les abeilles. — La vigne. — Les forêts.

La prairie proprement dite, telle qu’on la trouve chez nous, n’existe point en Anatolie : on comprend du reste qu’elle n’est pas de première nécessité dans un pays où d’immenses terrains vagues fournissent par leur étendue, quelle que soit d’ailleurs leur fertilité, une nourriture suffisante à un bétail peu nombreux. On ne trouve guère de prairies vraiment dignes de ce nom que dans la magnifique vallée qui débouche sur le golfe d’Ismeth. Pendant la guerre de Crimée, l’armée anglaise avait choisi ce point pour quartier d’hiver d’une partie de sa cavalerie. Ce choix était heureux, car partout ailleurs nos chevaux et nos mulets devaient se contenter de quelques poignées d’herbe ramassées à grand-peine par nos soldats, et souvent, à l’étape où nous arrivions, nous n’avons pu nous procurer ni paille ni fourrages.

Il n’y a en effet que fort peu de localités où l’on ramasse quelques fourrages pour l’hiver ; généralement les troupeaux restent en plein air pendant toute l’année, et sont réduits à chercher leur nourriture même sous la neige. Aussi, dans les hivers rigoureux, chèvres et moutons périssent par centaines de froid et de faim.