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large de quelques pieds, et je m’attendais à le voir précipité dans la baranca ; mais les chevaux mexicains ont une adresse extraordinaire : celui-ci se releva avec une promptitude et une adresse merveilleuses. Sans excepter les chevaux arabes, je ne connais pas de meilleurs chevaux de voyage que ceux du Mexique. En outre, ils sont bien faits, de formes élégantes, intelligents et extrêmement fidèles et soumis. »

Longtemps après la tombée de la nuit, les voyageurs arrivèrent à l’entrée de la grotte. C’était une de ces magnifiques nuits, éclairée par la lune des tropiques.

« Notre petite société offrait, en ce moment, un tableau pittoresque qui me ravissait. Bien que, dans mes nombreux voyages, j’eusse désappris à rechercher les scènes romantiques, le spectacle de cette soirée était bien propre à éveiller les rêves de la fantaisie la plus capricieuse. À l’entrée de la grotte flambait un feu clair qui en éclairait l’intérieur, et les formes bizarres de la pierre projetaient dans la profondeur des ombres noires vacillantes. Des gouttes d’eau se détachaient, comme des diamants, des parois, et tombaient à terre. Les Indiens et nos domestiques, avec leurs costumes mexicains, étaient occupés autour des chevaux, encore sellés. Et nous, avec nos habits de voyage, chargés d’armes brillantes, nous ressemblions plutôt à des voleurs fourvoyés qu’à de paisibles voyageurs.

Sommet et cratère de l’Orizaba. — Dessin de Français d’après l’Illustrite Zeitung.

« En dehors de la grotte, le spectacle de la nature avait une majesté qui produisait sur nos âmes une impression profonde. La lune brillait doucement au sud-est et sa lumière perçait à travers les noirs sapins ; à l’ouest, le volcan gigantesque, presque voilé par le brouillard, réfléchissait les rayons de la lune, et cette lueur mystérieuse le faisait paraître plus majestueux encore. »

Dès le matin du jour suivant, on commença les préparatifs de l’ascension ; on atteignit, après une heure, la zone de la dernière végétation, puis le séjour des neiges. Les chevaux, épuisés, furent renvoyés à la grotte.

« L’air était déjà si raréfié, dit le baron Müller, que nos pauvres chevaux pouvaient à peine aspirer une quantité d’oxygène suffisante, et leur respiration était aussi haletante et profonde que s’ils avaient couru pendant plusieurs heures. Les hommes subissent également cette influence ; les oiseaux seuls ne paraissent pas souffrir de la raréfaction de l’air ; car, ici même, à une hauteur de cinq mille cinq cents mètres, j’ai vu deux faucons se jouer dans les airs à sept cents mètres au-dessus de moi. »

Les voyageurs arrivèrent avec beaucoup de peine sur les champs de neige, coupés par des rochers dont il leur fallait s’aider en rampant.

À midi, ils rencontrèrent une petite plate-forme couverte de neige. Ce point, qui présentait une surface unie de quelques pieds carrés, étant le dernier où il leur fût possible de se reposer avant d’atteindre le volcan, ils y restèrent quelques minutes pour prendre un peu de nourriture.