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Page:Le Rouge et le Noir.djvu/287

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— En vérité, répondit-il, je suis un trop petit garçon à l’hôtel de La Mole pour prendre sur moi de présenter.

Julien disait tout au marquis, le soir il lui conta la prétention du Valenod ainsi que ses faits et gestes depuis 1814.

— Non-seulement, reprit M. de La Mole, d’un air fort sérieux, vous me présenterez demain le nouveau baron, mais je l’invite à dîner pour après-demain. Ce sera un de nos nouveaux préfets.

— En ce cas, reprit Julien froidement, je demande la place de directeur du dépôt de mendicité pour mon père.

— À la bonne heure, dit le marquis en reprenant l’air gai ; accordé ; je m’attendais à des moralités. Vous vous formez.

M. de Valenod apprit à Julien que le titulaire du bureau de loterie de Verrières, venait de mourir ; Julien trouva plaisant de donner cette place à M. de Cholin ce vieil imbécile, dont jadis il avait ramassé la pétition dans la chambre de M. de La Mole. Le marquis rit de bien bon cœur de la pétition que Julien récita en lui faisant signer la lettre qui demandait cette place au ministre des Finances.

À peine M. de Cholin nommé, Julien apprit que cette place avait été demandée par la députation du département, pour M. Gros, le célèbre géomètre : cet homme généreux n’avait que quatorze cents francs de rente, et chaque année prêtait six cents francs au titulaire qui venait de mourir, pour l’aider à élever sa famille.

Julien fut étonné de ce qu’il avait fait. Ce n’est rien, se dit-il, il faudra en venir à bien d’autres injustices, si je veux parvenir, et encore savoir les cacher sous de belles paroles sentimentales : pauvre M. Gros, c’est lui qui méritait la croix, c’est moi qui l’ai, et je dois agir dans le sens du gouvernement qui me la donne.