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Page:Le Rouge et le Noir.djvu/258

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la promenade finit sans accident. En rentrant, le jeune comte dit à sa sœur :

— Je vous présente un hardi casse-cou.

À dîner, parlant à son père, d’un bout de la table à l’autre, il rendit justice à la hardiesse de Julien ; c’était tout ce qu’on pouvait louer dans sa façon de monter à cheval. Le jeune comte avait entendu le matin les gens qui pansaient les chevaux dans la cour, prendre texte de la chute de Julien pour se moquer de lui outrageusement.

Malgré tant de bonté, Julien se sentit bientôt parfaitement isolé au milieu de cette famille. Tous les usages lui semblaient singuliers, et il manquait à tous. Ses bévues faisaient la joie des valets de chambre.

L’abbé Pirard était parti pour sa cure. Si Julien est un faible roseau, qu’il périsse ; si c’est un homme de cœur, qu’il se tire d’affaire tout seul, pensait-il.

XXXIV

L’Hôtel de La Mole.

Que fait-il ici ? s’y plairait-il ? penserait-il
y plaire ?
Ronsard.

Si tout semblait étrange à Julien, dans le noble salon de l’hôtel de La Mole, ce jeune homme, pâle et vêtu de noir, semblait à son tour fort singulier aux personnes qui daignaient le remarquer. Madame de La Mole proposa à son mari de l’envoyer en mission les jours où l’on avait à dîner certains personnages.

— J’ai envie de pousser l’expérience jusqu’au bout, répondit le marquis. L’abbé Pirard prétend que nous avons tort de briser l’amour-propre des gens que nous admettons auprès de nous. On ne s’appuie que sur ce qui résiste, etc. Celui-ci n’est inconvenant que par sa figure inconnue, c’est du reste un sourd-muet.

Pour que je puisse m’y reconnaître, il faut, se dit Julien, que