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Page:Le Rouge et le Noir.djvu/215

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— Comment cela ? dit le prélat étonné de ce chiffre.

— Je puis appuyer d’une preuve officielle ce que j’ai l’honneur de dire devant Monseigneur.

À l’examen annuel du séminaire, répondant précisément sur les matières qui me valent, dans ce moment, l’approbation de Monseigneur, j’ai obtenu le n° 198.

— Ah ! c’est le Benjamin de l’abbé Pirard, s’écria l’évêque en riant et regardant M. de Frilair ; nous aurions dû nous y attendre ; mais c’est de bonne guerre : n’est-ce pas, mon ami, ajouta-t-il en s’adressant à Julien, qu’on vous a fait réveiller pour vous envoyer ici ?

— Oui, monseigneur. Je ne suis sorti seul, du séminaire, qu’une seule fois en ma vie, pour aller aider M. l’abbé Chas-Bernard à orner la cathédrale, le jour de la Fête-Dieu.

Optimè, dit l’évêque ; quoi, c’est vous qui avez fait preuve de tant de courage, en plaçant les bouquets de plumes sur le baldaquin ? Ils me font frémir chaque année ; je crains toujours qu’ils ne me coûtent la vie d’un homme. Mon ami, vous irez loin ; mais je ne veux pas arrêter votre carrière, qui sera brillante, en vous faisant mourir de faim.

Et sur l’ordre de l’évêque, on apporta des biscuits et du vin de Malaga, auxquels Julien fit honneur, et encore plus l’abbé de Frilair, qui savait que son évêque aimait à voir manger gaiement et de bon appétit.

Le prélat, de plus en plus content de la fin de sa soirée, parla un instant d’histoire ecclésiastique. Il vit que Julien ne comprenait pas. Le prélat passa à l’état moral de l’Empire romain, sous les empereurs du siècle de Constantin. La fin du paganisme était accompagnée de cet état d’inquiétude et de doute qui, au XIXe siècle, désole les esprits tristes et ennuyés. Monseigneur remarqua que Julien ignorait presque jusqu’au nom de Tacite.

Julien répondit avec candeur, à l’étonnement du prélat, que cet auteur ne se trouvait pas dans la bibliothèque du séminaire.

— J’en suis vraiment bien aise, dit l’évêque gaiement. Vous me tirez d’embarras ; depuis dix minutes, je cherche le moyen