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vénérable curé, visita la prison, l’hospice, le dépôt, fit beaucoup de questions, et, malgré d’étranges réponses, ne se permit pas la moindre marque de blâme.

Cette visite dura plusieurs heures. Le curé invita à dîner M. Appert, qui prétendit avoir des lettres à écrire : il ne voulait pas compromettre davantage son généreux compagnon. Vers les trois heures, ces messieurs allèrent achever l’inspection du dépôt de mendicité, et revinrent ensuite à la prison. Là, ils trouvèrent sur la porte le geôlier, espèce de géant de six pieds de haut et à jambes arquées ; sa figure ignoble était devenue hideuse par l’effet de la terreur.

— Ah ! monsieur, dit-il au curé, dès qu’il l’aperçut, ce monsieur, que je vois là avec vous, n’est-il pas M. Appert ?

— Qu’importe ? dit le curé.

— C’est que depuis hier j’ai l’ordre le plus précis, et que M. le préfet a envoyé par un gendarme, qui a dû galoper toute la nuit, de ne pas admettre M. Appert dans la prison.

— Je vous déclare, M. Noiroud, dit le curé, que ce voyageur, qui est avec moi, est M. Appert. Reconnaissez-vous que j’ai le droit d’entrer dans la prison à toute heure du jour et de la nuit, et en me faisant accompagner par qui je veux ?

— Oui, M. le curé, dit le geôlier à voix basse, et baissant la tête comme un boule-dogue que fait obéir à regret la crainte du bâton. Seulement, M. le curé, j’ai femme et enfants, si je suis dénoncé on me destituera ; je n’ai pour vivre que ma place.

— Je serais aussi bien fâché de perdre la mienne, reprit le bon curé, d’une voix de plus en plus émue.

— Quelle différence ! reprit vivement le geôlier ; vous, M. le curé, on sait que vous avez 800 livres de rente, du bon bien au soleil… »

Tels sont les faits qui, commentés, exagérés de vingt façons différentes, agitaient depuis deux jours toutes les passions haineuses de la petite ville de Verrières. Dans ce moment, ils servaient de texte à la petite discussion que M. de Rênal avait avec sa femme. Le matin, suivi de M. Valenod, directeur du dépôt de mendicité, il était allé chez le curé, pour lui témoigner le plus vif mécontentement. M. Chélan n’était pro-