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Page:Le Rouge et le Noir.djvu/143

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Il ne s’est pas encore arrêté à un parti, dit-il à son amie, pendant un instant de solitude qu’ils eurent au salon.

Madame de Rênal lui conta rapidement tout ce qu’elle avait fait depuis le matin.

— À cette nuit les détails, ajouta-t-elle en riant.

Perversité de femme ! pensa Julien. Quel plaisir, quel instinct les porte à nous tromper.

— Je vous trouve à la fois éclairée et aveuglée par votre amour, lui dit-il avec quelque froideur ; votre conduite d’aujourd’hui est admirable ; mais y a-t-il de la prudence à essayer de nous voir ce soir ? Cette maison est pavée d’ennemis ; songez à la haine passionnée qu’Élisa a pour moi.

— Cette haine ressemble beaucoup à de l’indifférence passionnée que vous auriez pour moi.

— Même indifférent, je dois vous sauver d’un péril où je vous ai plongée. Si le hasard veut que M. de Rênal parle à Élisa, d’un mot elle peut tout lui apprendre. Pourquoi ne se cacherait-il pas près de ma chambre, bien armé…

— Quoi ! pas même du courage ! dit madame de Rênal, avec toute la hauteur d’une fille noble.

— Je ne m’abaisserai jamais à parler de mon courage, dit froidement Julien, c’est une bassesse. Que le monde juge sur les faits. Mais, ajouta-t-il, en lui prenant la main, vous ne concevez pas combien je vous suis attaché, et quelle est ma joie de pouvoir prendre congé de vous avant cette cruelle absence.


XXII

Façons d’agir en 1830.

La parole a été donnée à l’homme pour
cacher sa pensée.
R. P. Malagrida.

À peine arrivé à Verrières, Julien se reprocha son injustice envers madame de Rênal. Je l’aurais méprisée comme une femmelette, si, par faiblesse, elle avait manqué sa scène avec