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toujours enclins à lui conférer les droits de haute justice, la disposition de la force armée et les autres attributions qui assurent le maintien de la paix publique. Au fond, leur préoccupation constante fut de conserver leur indépendance ; et, pour atteindre ce but, ils furent toujours prodigues d’hommes ou d’argent, à la condition que ces sacrifices fussent librement consentis par les représentants de chaque district. Ils s’employèrent aussi à faire édicter par le roi les lois d’intérêt général, de concert avec les députés des fiefs. Ils furent toujours prêts d’ailleurs à faire respecter ces lois dans tout le royaume, alors même que certains seigneurs féodaux croyaient devoir refuser leur concours à la représentation nationale.

Les francs-propriétaires ne manquaient en France, au XIIIe siècle, ni dans le Nord ni dans le Midi. Ils avaient fondé de nombreux domaines qui restèrent florissants jusqu’à la révolution. Dans le Béarn, par exemple, ils étonnaient encore, à cette époque, par le spectacle de leur prospérité les voyageurs expérimentés[1]. Mais ils

  1. « Le 12 août 1787. — En prenant la route de Moneng (Monein), je suis tombé sur une scène si nouvelle pour moi en France, que j’en pouvais à peine croire mes yeux. Une longue suite de chaumières bien bâties, bien closes et confortables, construites en pierres et couvertes en tuiles, ayant chacune son a petit jardin entouré d’une haie d’épines nettement taillée, ombragé de pêchers et d’autres arbres à fruit, de beaux chênes épars dans les clôtures, et ça et là de jeunes arbres traités avec