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quaient ainsi dans le royaume des déchirements sans fin. Les communes et les communautés, paralysées pour la plupart par le régime de la famille instable, n’offraient pas, au milieu des dissensions civiles, un point d’appui sérieux à la cause de l’ordre. Celles mêmes qui se fondaient sur la famille-souche (§ 11), n’ayant pas comme les fiefs une constitution hiérarchique, étaient bientôt réduites à l’impuissance par les rivalités de la classe bourgeoise et par les passions déchaînées de la populace.

Cependant, au milieu des abus de la force et des autres désordres de la féodalité, plusieurs districts ruraux se montrèrent spécialement aptes à conserver le règne du droit et les bienfaits de la paix publique, Ils avaient pour caractère spécial le régime des francs-alleux, c’est-à-dire de la propriété libre et individuelle, et ils se distinguaient par leurs mœurs et leurs institutions des localités où régnaient les régimes du fief ou de la communauté.

Dans ces localités, la masse de la population s’adonnait spécialement à l’agriculture ; mais au lieu d’être groupée par bourgs ou villages, comme les communautés rurales (§ 11), elle était disséminée sur la surface entière du pays. Chaque famille était établie au centre de son domaine aggloméré : elle comprenait de 15 à 20 personnes ; elle possédait une quantité de terre telle