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dales dates, formées de terres agglomérées autour d’une résidence, cultivées par une famille-souche, offrant en quelque sorte l’image réduite du fief dont elles dépendaient. Le régime féodal enrobait en outre beaucoup d’agriculteurs de conditions très diverses. Parmi ceux-ci on distinguait surtout des groupes de familles liées entre elles ainsi qu’au seigneur par certains intérêts spéciaux. Par ce motif, on les distinguait, en général, sous le nom de communautés rurales.

Beaucoup de communautés s’étaient constituées par une lente transformation des bourgades gauloises. Tout en s’adaptant aux nouvelles mœurs, elles avaient conservé le trait principal qu’elles offraient dès l’origine : l’agglomération de familles instables au centre d’une banlieue morcelée (§ 6). Les bourgeois laboureurs de ces communautés avaient comme leurs ancêtres la propriété individuelle de leurs champs et la jouissance indivise de certains territoires occupés par des pâtures, des marais ou des bois. Ils réglaient en toute liberté les droits d’usage sur les communaux, la vaine pâture sur les champs, et les autres intérêts communs. Ils veillaient eux-mêmes a leur sécurité dans les temps ordinaires ; mais, pour conjurer autant que possible les maux des grandes luttes féodales, ils se mettaient spontanément sous la protection d’un suzerain, quand ils n’y étaient pas contraints par la force. En