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mes voyages, étudier la famille basque dans ses moindres détails, en France et en Espagne. J’ai toujours admiré la haute influence que la femme exerce au foyer domestique par son autorité traditionnelle, sa vertu et sa grâce incomparable. Aucune autre étude ne m’a mieux révélé l’exactitude du jugement porté à cet égard par la Bible[1].

Cet ascendant des femmes basques et cette organisation de la famille sont formellement indiqués par Strabon, pour le dernier siècle de l’ère ancienne[2]. Mais cet état social remontait a une époque plus reculée, et l’on en trouve une preuve bien extraordinaire dans le récit de Plutarque[3] sur la grande expédition d’Annibal (219 av. J.-C.).

Ce grand homme de guerre se rendant du midi de l’Espagne en Italie à la tête d’une armée de cent mille soldats, ne put traverser la chaîne des Pyrénées qu’en se soumettant aux conditions

  1. La femme sage et pudique a une grâce qui surpasse toute grâce.(L’Ecclésiaste, xxvi, 12.)
  2. Chez les Cantabres (les Basques), ce sont les maris qui apportent une dot à leurs femmes, et ce sont les filles qui héritent de leurs parents et qui se chargent du soin d’établir leurs frères. De pareils usages annoncent le pouvoir dont le sexe y jouit, ce qui n’est guère un signe de civilisation. (Strabon, III, IV, 18.) Cette description est d’autant plus concluante qu’elle constate l’existence d’une coutume que l’auteur grec, d’après les idées de sa nation, considérait comme incompatible avec un ordre régulier. Cette coutume est cependant celle qui a le plus contribué à conserver chez les Basques une fécondité et une liberté que la race grecque a perdues depuis longtemps.
  3. Plutarque (traduction d’Amyot), Paris, 1819, t. IV, p. 148.