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développe le plus la fécondité de la race et l’ascendant de la femme. Dans leurs dispositions testamentaires ils attribuent de préférence à l’aînée des filles l’héritage du foyer et du domaine ; et lorsque la coutume désignait, sans distinction de sexe, l’aîné des enfants, les jeunes époux considéraient la naissance d’une fille comme le premier signe de la faveur divine. Trois motifs principaux rattachaient l’opinion publique à l’institution des héritières. Lorsque les filles aînées de deux générations successives se mariaient vers l’âge de dix-huit à vingt ans, la famille s’accroissait sans aucune interruption, souvent même elle voyait naître simultanément, pendant plusieurs années, les enfants de la mère de famille et de sa fille héritière. On considérait cette organisation comme une garantie contre les déceptions naissant de l’adultère[1] et un moyen de conserver sûrement au foyer le sang des ancêtres. Enfin l’autorité propre à l’héritière était également une garantie d’ordre domestique chez une race où les hommes se livraient avec ardeur aux entreprises maritimes, quand ils n’avaient pas à repousser l’agression d’ambitieux voisins. J’ai pu, dès l’année 1833, puis à trois reprises dans le cours de

  1. Le mal apparaît dans les meilleures organisations sociales. Même dans les régions à famille-souche, il s’offre à l’état d’exception. Le danger de l’adultère préoccupe peu les Basques chrétiens de notre temps ; mais il était peut-être plus redouté des Euskes primitifs qui ont fondé la coutume des héritières. (Note 4.)