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rapprochement d’une centaine de familles observées dans les contrées précédemment citées. Une famille-souche prospère, au milieu des variations que comporte un groupe aussi nombreux, s’écarte peu de la situation indiquée ci-après, lorsqu’on la considère au moment où l’héritier se marie.

La famille-souche comprend alors dix-huit personnes l’héritier et sa femme, âgés de vingt-cinq et de vingt ans ; le père et la mère, mariés depuis vingt-sept ans, âgés de cinquante-deux et de quarante-sept ans ; un aïeul âgé de quatre-vingts ans ; deux parents célibataires, frères ou sœurs du père de famille ; neuf enfants, dont l’aîné se rapproche par son âge de l’héritier, dont le plus jeune est en bas âge et parfois à la mamelle ; enfin deux domestiques placés dans la famille par des amis qui ne peuvent employer chez eux tous leurs bras, ou qui veulent assurer à leurs enfants un bon apprentissage[1]. Les mères, pendant une période de vingt-cinq ans, mettent quelquefois au monde jusqu’à vingt enfants ; mais, dans les conditions moyennes de fécondité et de mortalité,

  1. Dans plusieurs contrées, notamment dans le Lunebourg hanovrien les paysans envoient leurs enfants faire un stage, en qualité de domestiques, dans les familles amies qui se distinguent par la bonne tenue du foyer et de l’atelier. Chez les Anglo-Saxons, les Allemands et les autres races fécondes, les commerçants imitent, sous ce rapport, les paysans : ils font souvent des échanges momentanés d’enfants pour l’apprentissage du commerce et l’étude des langues.