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un brillant équipage de guerre. Ceux qui en étaient pourvus attiraient à eux des compagnons et se plaçaient sous la direction d’un chef renommé. Ainsi se constituaient ces armées redoutables qui, aux grandes époques de l’enseignement religieux des druides, conquirent le nord de l’Italie, balancèrent la fortune de Rome et envahirent souvent les rivages de la Méditerranée, depuis l’Atlantique jusqu’au Pont-Euxin. Cet éparpillement des familles des foyers et des champs développait à l’excès l’esprit d’individualisme, la résistance envers les autorités traditionnelles, le mépris de la prudence et de la discipline[1]. On s’explique donc que les Gaulois, malgré leur héroïsme en présence de la souffrance et de la mort, n’aient point réussi à fonder une nationalité stable. On comprend aussi qu’après des luttes séculaires ils aient été à la fin vaincus par les Romains. Ceux-ci, en effet, développaient leurs forces à chaque génération en s’inspirant de deux coutumes fécondes:ils imitaient les bonnes pratiques de leurs rivaux; ils restaient fidèles aux lois de la famille, aux sentiments du patriotisme et aux autres vertus traditionnelles de la race.

  1. « La race gallique est irritable et folle de guerre, prompte au combat ; du reste, simple et sans malignité. Si on les irrite, ils marchent ensemble droit a l’ennemi et t’attaquent de front sans s’informer d’autre chose. Aussi par la ruse on en vient facilement à bout:on les attire au combat quand on veut, où l’on veut, peu importent les motifs; ils sont toujours prêts, n’eussent-ils d’autres armes que force et leur audace. » (Strabon, IV, IV, 2.)