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niers, par l’abondance et les autres avantages qu’assure la possession des troupeaux. Ils cèdent toujours à l’attrait d’une liberté précoce ; car ils se créent une existence plus facile en quittant de bonne heure les parents et en se livrant seuls à la poursuite du gibier. La chasse est un travail éminemment individuel, et elle tend sans relâche à détruire, dans la famille, les habitudes de communauté. La famille se réduit chez les chasseurs à sa plus simple expression elle se forme par l’union des jeunes époux ; elle s’accroît momentanément par la naissance des enfants ; puis elle se restreint par l’établissement précoce des adultes ; elle se détruit enfin, sans laisser aucune trace, par la mort des vieux parents. Les individus conservent seulement les rapports de parenté indispensables à la conservation de la race ; mais ils s’unissent par les liens du clan pour défendre leur territoire de chasse contre l’invasion des clans voisins.

Sous ce régime, les familles ne se perpétuent pas autour d’un même foyer, fixe ou mobile, et elles ne se multiplient pas en essaimant. Elles se dissolvent en s’éparpillant pour se reconstituer autour de nouveaux foyers aussi éphémères que ceux des précédentes générations. La jeunesse attend avec impatience l’heure de l’émancipation elle ne se pénètre pas de la tradition des ancêtres, ni même des sentiments, des idées ou des habi-