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sans frais le bien paternel, jusqu’au moment où les enfants seront assez âgés pour en tirer parti.

En France, le législateur n’a pas pensé que les choses pussent se passer aussi simplement : il a posé en principe que les officiers publics offraient plus de garanties que la famille pour la conservation du bien des mineurs. Mais cette sollicitude, toujours funeste, a pour résultat, dans le cas des très petites successions, de ruiner ceux auxquels elle s’applique.

Je me suis imposé l’obligation d’étudier avec un soin scrupuleux, et malgré les susceptibilités qu’une telle recherche met en éveil, cette conséquence déplorable de notre régime de succession. Les résultats auxquels je suis arrivé dans vingt enquêtes différentes sont tellement extraordinaires, tellement inattendus, qu’il semble d’abord impossible de comprendre comment, depuis la rédaction du Code de procédure (1806), un peuple civilisé a pu conserver un régime aussi contraire à la raison et à l’équité !

Je crois devoir justifier cette assertion en présentant ci-après, avec tous ses détails, la monographie d’un de ces drames lamentables qui, chaque année, replongent dans l’indigence des milliers de familles auxquelles le travail et l’épargne de la génération précédente avaient donné et auraient conservé sous un meilleur régime, un premier degré d’émancipation.