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ne peut se rendre au lieu de son travail sans traverser les propriétés voisines et y commettre quelque délit. Ces inconvénients n’existent pas dans les contrées où règnent encore les habitudes de conservation intégrale du patrimoine. Là, les limites du domaine, parfaitement déterminées, sont à l’abri de toute contestation la part en argent qui revient à chacun, fixée d’avance par le père de famille et acceptée par tous, ne donne lieu à aucune réclamation ultérieure enfin le paysan, exploitant un bien aggloméré, n’est pas dans l’obligation de réclamer un passage à ses voisins.

Sur la décadence morale et physique de la population du Laonnais. — Le genre de vie dont la présente monographie fournit un exemple a pour effet de développer chez les paysans du Laonnais un profond matérialisme. Uniquement absorbés par le souci de leurs intérêts, ils paraissent étrangers aux sentiments nobles et généreux. Néanmoins les habitudes de travail et d’épargne qu’ils possèdent les empêchent de s’adonner au vice, et les maintiennent ainsi à un niveau moral plus élevé que celui des autres classes agricoles de la population. En effet, tandis que la modération la plus grande existe dans les récréations de l’ouvrier décrit précédemment, les gens de métier propriétaires et les ouvriers domestiques se font remarquer par leurs habi-