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elle attend, comme une faveur divine, le moment d’être enlevée à une famille à qui elle est à charge. Les mêmes faits se produisent lorsque les parents, usés par l’âge, le travail et les privations, partagent leur bien entre leurs enfants, en leur imposant la condition d’une rente viagère. Quand ils obtiennent l’exécution des conventions établies, c’est toujours d’une manière bien rebutante. Les enfants ne cachent pas leur désir de voir cesser bientôt les obligations contractées, tant les douces affections de la famille ont été peu cultivées chez eux dans leur jeunesse, tant les sentiments les plus naturels se trouvent étouffés par d’égoïstes calculs !

Le morcellement du sol, l’enchevêtrement et l’éloignement réciproque des parcelles imposent aux paysans du Laonnais une gêne extrême et forcent la femme à participer aux travaux les plus rudes de la culture, et à négliger complètement l’éducation de ses enfants. Ils conduisent également à la stérilité dans le mariage et contribuent ainsi à affaiblir encore les liens conjugaux. Le chef de ménage, reconnaissant l’impossibilité de partager entre plusieurs enfants un héritage déjà fort exigu, et redoutant les embarras et les sacrifices qu’exige une famille nombreuse, cherche à n’avoir qu’un enfant ou deux au plus. Là est une des causes du décroissement rapide de la population agricole.