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rescision de l’acte de 1874 pour lésion de plus d’un quart. Ces grands mots juridiques, plus ou moins altérés, mais reconnaissables, sont maintenant entrés dans la langue de ces paysans, qui envisagent non seulement sans effroi, mais même avec une certaine complaisance, la perspective d’un procès comme offrant des chances d’améliorer un lot dont on est mécontent. Les germes funestes déposés au sein de la famille par le procès de 1869 portent leurs fruits empoisonnés.

Ces menaces ne se sont pas réalisées ; mais le domaine n’en a pas été moins irrévocablement perdu pour la famille à laquelle il appartenait depuis si longtemps. Entraîné par les conséquences d’un premier morcellement, pressé par des embarras financiers, séduit par le haut prix auquel la vogue toujours croissante des eaux de Cauterets a porté les terrains du bourg, le gendre de Savina a vendu il y a deux ans (1882) la propriété de famille, et demeure maintenant dans une petite maison neuve qu’il s’est fait bâtir au pied du mamelon vert, près du Gave.

Malgré le prix inespéré que lui a procuré cette vente, ses dettes et sa maison en ont absorbé presque tout le montant privé désormais de cette base territoriale, qui avait fait jusqu’alors la force et la sécurité de sa famille, il est tombé au rang des ouvriers, vivant au jour le jour. On