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la situation des paysans et les attacher au domaine mais elle venait à bout sans efforts des problèmes redoutables qui, semblables au sphinx antique, menacent de dévorer les sociétés modernes, si elles ne savent pas les résoudre.

La philanthropie s’est attachée de notre temps, à multiplier les institutions humanitaires pour assurer des moyens d’existence à ceux qui en sont dépourvus sociétés de secours mutuels, hospices, maisons de retraite pour les vieillards, bureaux de bienfaisance, crèches. Étant donnée notre époque avec toutes ses plaies sociales, je ne puis refuser mon admiration à ces efforts de la charité ; mais je ne saurais consentir à y voir, comme on le fait trop souvent, une preuve de supériorité sociale, dont il faille nous enorgueillir, et que le présent ait le droit d’opposer dédaigneusement à la barbarie du passé. A mes yeux, ils sont à la fois des palliatifs très insuffisants du mal qui nous travaille, et les indices certains d’une situation mauvaise.

Nos paysans du Lavedan n’ont pas eu à imaginer de mécanismes aussi compliqués. Ce problème du paupérisme, qui est l’épouvantail et l’angoisse de notre temps, ils l’ont résolu simplement, sans phrases, sans efforts, par la famille.

Chaque famille recueillait ses déshérités, ses blessés, qui trouvaient sous le toit paternel,