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taient pas en lambeaux l’œuvre des ancêtres ; mais ils partageaient équitablement entre tous les rejetons de la vieille souche le produit net du travail commun » (§ 16.)

Avec l’ancienne Coutume, l’héritier, sûr de succéder au père auquel il était associé de bonne heure, l’aidait de toutes ses forces à réunir sou à sou les épargnes qui devaient payer les dots de ses frères et sœurs, et libérer plus tard le domaine à son profit. Il travaillait à la fois pour la communauté et pour lui-même, double stimulant de l’énergie individuelle.

Aujourd’hui, quel mobile pousserait à de tels efforts le fils aîné ou l’héritier désigné, puisque, à la mort du chef de famille, le caprice d’un seul des enfants peut faire mettre en vente et morceler le domaine ? Cette éventualité a menacé trois ans le gendre de Savina, et sans doute affaibli son courage. Écartée jusqu’ici par une entente inespérée, elle peut se reproduire à une prochaine génération. Dès lors, l’idée de stabilité et de continuité disparaît. Là, comme partout ailleurs, l’avenir est obscur et menaçant. A quoi bon s’épuiser au profit des autres, quand on n’est pas sûr du lendemain ?

De plus, les charges imposées à l’héritier sont telles que le préciput du quart n’est pas suffisant pour les compenser. L’on a vu qu’autrefois le père pouvait disposer en sa faveur des deux tiers