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On retrouve, près de cinq siècles plus tard, sous la révolution, ce même usage du vote exercé par les femmes. « Le 17 germinal an II, dans l’église d’Aucun, tous les individus de la commune ont été assemblés à la réquisition de l’agent national, pour délibérer sur le partage des biens communaux. L’assemblée a été tumultueuse et orageuse. Les hommes ne veulent pas du partage. Voyant que les femelles(sic) n’avaient point délibéré, ledit agent national les a fait voter. Cinquante-six ont passé du côté indiqué pour vouloir le partage, et quarante-six sont restées en place. » (Le Droit de famille aux Pyrénées, par L. Cordier. Durand, Paris, 1859, p. 73). Il semble que, dans l’espèce, « l’agent national » ne se soit souvenu des vieux usages que pour avoir raison de la résistance « des mâles ». Mais cette ingénieuse manœuvre et l’absence de protestation de la part de la minorité prouvent la trace profonde qu’avait laissée dans les esprits le droit de vote reconnu aux femmes depuis les temps les plus reculés.

Cette persistance des anciennes mœurs se rencontre encore dans le trait que nous avons indiqué de l’institution de l’héritière, qui reste à la maison natale et y attire un gendre porteur d’une dot. Ce trait remonte à une haute antiquité.

    agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au moyen âge. Évreux, 1851.)