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susdits voisins et voisines, porte l’acte du 8 août 1316, ensemble et individuellement, présents et consentant, n’étant ni trompés, ni séduits, ni entraînés par d’artificieuses promesses, ni violentés par la force, mais de leur plein gré et volonté, en toute connaissance de cause, ont déclaré donner leur approbation unanime, excepté Gailhardine de Fréchou[1]. »

  1. Nous empruntons le texte original de ce bail à l’excellent ouvrage de M. de Lagrèze, sur l’Histoire du droit dans les Pyrénées. (Imprimerie impériale, 1867.) C’est un livre indispensable à lire pour connaître les coutumes et le droit féodal de cette contrée. « Losquals soberdits besis et besies de Cautarès, ensemps e per sengles, segon que tots dixon, e autreyan, aqui presens, no decebudz, no enganadz, nedestreyts, ne forsatz, ne per promesse, ne déception, ne emmagination de persona dei mon a daiso amenatz, mas de lors proprias, bonas, e francas e agradablas voluntadz, de lor certas scientias, totz, exceptat ladit Gailhardina del Frexo, autreyan, proportan que eds e lors predecessors eren e eren esladz seessaus (ceysaux) e questaus (questaux) deldit mostier de Sent-Savii, de dreyt e de ley. etc. »
    On doit remarquer dans cet acte d’abord toutes les précautions prises pour montrer que le consentement est libre, et ensuite la condition de la partie qui traite avec le haut et puissant abbé de Saint-Savin. Ce sont, d’une part, des femmes, et d’autre part des serfs, ceysaux et questaux, qui, loin d’avoir la main forcée, délibèrent en assemblée publique, librement, sur une proposition de leur seigneur, et l’acceptent de leur plein gré à l’unanimité, sauf une femme, sans doute d’humeur contredisante. On a beaucoup gémi sur la condition des serfs ; mais au moins dans la Bigorre leur situation était douce. M. de Lagrèze en donne plus d’une preuve. Nous en citerons une seule. En 1377, Gaston Phébus ayant fait offrir aux questaux d’acheter leur affranchissement, aucun ne voulut rien payer pour reprendre sa liberté, mais en même temps pour perdre ses droits à la protection du seigneur. (p. 44). C’est une histoire et une opinion à refaire. ( Voir à ce sujet les Études de M. Léopold Delisle sur la condition de la classe