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pluies. C’est pour lui que la sève monte au printemps. Il sort du passé, de l’histoire. Il ne promène pas de tous côtés une vie inquiète. Le doux mouvement des choses sans commencement ni fin l’emporte. Il vit lentement, sans fatigue, sans crainte. Il est moins un individu que le représentant d’une race. On ne se figure pas une possession plus pleine, plus complète. Qu’y a-t-il de préférable ? Y a-t -il quelque part une richesse qui puisse mieux parler aux yeux ? Celle-ci entre dans l’âme elle-même par la muette beauté des arbres, des fleurs ; par les lignes familières des horizons, des ondulations dont tous les plis sont connus et éveillent un souvenir. L’homme possède-t -il véritablement quelque chose, s’il n’a quelques pieds de terre qu’il puisse appeler siens[1]. »

Le moyen âge, qui connaissait à peine la richesse mobilière, avait bien compris tout ce que la terre contient de grandeur et de portée sociales. On peut dire que c’est là l’influence qui a le plus contribué à le façonner et à lui donner sa physionomie particulière.

Aux origines de la féodalité, la terre, au lieu d’être possédée par l’homme, semblait le posséder et lui imprimer son caractère[2]. » M. Guizot a dit avec raison que le régime féodal a été précisément le résultat de

  1. L'Angleterre politique et sociale, par A. Laugel (p. 95-96).
  2. Histoire du droit dans les Pyrénées, par de Lagrèze (p. 20).