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à son lit de mort et leur dictait ses volontés. Isaac dit à Jacob : « Sois le maître de tes frères, et que les fils de ta mère se prosternent devant toi. » Jacob donne ses ordres à ses douze enfants avant d’expirer. (Genèse, chap. xxvii et l.) Le père de Bayard, le bon chevalier, « considérant que déjà nature lui défaillait et qu’il ne pouvait plus faire grand séjour en cette vie mortelle, appelle ses quatre enfants, en la présence de sa femme, dame très dévote et toute à Dieu, et, après les avoir interrogés, il assigne à chacun d’eux sa vocation et son lot[1]. Le Code ne l’entend plus ainsi. Le père est déchu de sa royauté ; il doit commencer par obtenir l’acquiescement de ses héritiers aux combinaisons qu’il médite et qu’un seul d’entre eux peut tenir en échec. Puis, ceci fait, il lui faut encore recourir à des biais ingénieux, à des simulacres, pour assurer l’exécution de ses projets ; heureux si, malgré tant de précautions et de frais, il ne lègue pas encore un procès ruineux à ses descendants. Avec la loi actuelle, on ne saurait trop le redire,

  1. Le loyal serviteur.Histoire du bon chevalier sans peur et sans reproche, le seigneur de Bayard.–(Hachette, 1872, p. 6.) « Il n’y a pas dans toute notre littérature, dit M. Camille Rousset dans la préface de cette nouvelle édition, de livre plus attrayant que celui du loyal serviteur. Il a sur les romans de chevalerie l’incomparable avantage de la vérité simple. » C’est un des ouvrages à lire et à méditer pour se faire une idée exacte de la société au moyen âge.