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dans la plupart des autres parties de la France.

On ne peut se dissimuler cependant que cette organisation sociale, fondée sur la tradition locale, sur un intérêt collectif et sur une sorte d’isolement intellectuel, résultant de l’emploi d’un langage spécial et du manque de communications rapides, ne peut guère compter sur l’avenir : elle résistera difficilement aux prescriptions formelles de la loi et aux opinions dominantes que l’extension de l’enseignement scolaire et le perfectionnement des voies de communication doivent inévitablement propager (§ 34). Ces tendances nouvelles, sans être encore prépondérantes, sont déjà appréciables dans cette partie de la chaîne des Pyrénées. Cédant à ces influences, excités d’ailleurs par des gens de loi désireux d’intervenir dans le partage forcé des biens, plusieurs jeunes gens ont repoussé les combinaisons traditionnelles de leur famille et provoqué le morcellement du bien patrimonial. Quant aux familles chez lesquelles ce morcellement s’est depuis longtemps opéré, elles sont tombées de la condition de paysan à celle de salarié : sous le rapport moral comme sous le rapport matériel, elles sont dans une situation bien inférieure à à celle où se trouvaient les précédentes générations ; une enquête spéciale, qui complèterait utilement la présente étude, ne laisserait aucun doute sur ce point.