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teindre ce but, il était plus essentiel de morceler systématiquement les grandes propriétés antérieurement maintenues par le droit d’aînesse ou la main morte que de conserver intactes les petites propriétés constituées par le régime antérieur. Sous cette inspiration, le législateur, s’écartant brusquement de la tradition européenne, institua, avec des formes excessives, un régime de Partage forcé qui fut seulement tempéré par les lois de l’an VIII et de 1803.

Il est possible que la classe des paysans, considérée dans son ensemble, ait dans quelques localités tiré avantage de ce nouveau régime mais l’observation prouve que ce dernier donne aujourd’hui, dans la majeure partie de la France, des résultats opposés à ceux qu’on en avait attendus. Placés en présence d’un territoire qui ne peut plus guère s’accroître aux dépens de la grande propriété, soumis à une série de partages aux décès successifs des chefs de famille les paysans n’ont pour la plupart devant eux que deux alternatives. Ou bien, peu soucieux de l’avenir, ils se multiplient conformément au vœu de la nature et alors, renonçant à l’état d’équilibre qui garantissait leur bien-être, ils arrivent à une condition inconnue dans les autres sociétés européennes, celle du propriétaire indigent[1]. Ou

  1. Les Ouvriers européens. t. IV, Fondeur de l’Hundsrucke, notes.