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mes de la liberté, mais encore les conditions de toute stabilité, en exagérant outre mesure le rôle de l’État, au détriment du gouvernement local et des corporations de bien public. Nous ruinons, en effet, par ces innovations dangereuses, les institutions traditionnelles qui, dans tous les temps, chez toutes les races, ont rendu les régimes de contrainte supportables, et les régimes de liberté bienfaisants. Notre plus fatale erreur est de désorganiser par les empiétements de l’État l’autorité du père de famille, la plus naturelle et la plus féconde des autonomies, celle qui conserve le mieux le lien social, en réprimant la corruption originelle, en dressant les jeunes générations au respect et à l’obéissance.

Cette erreur est celle qui soumet le foyer, l’atelier de travail et le personnel de la famille a l’autorité des légistes, des bureaucrates[1] et de leurs agents privilégiés. C’est celle qui, en d’autres termes, enlève à la vie privée ses libertés les plus nécessaires et les plus fécondes, sans aucun motif tiré de l’intérêt public.

Ce désordre social a eu chez nous pour origine la corruption de la monarchie et surtout

  1. Voir, dans la Réforme sociale, 63, 1, les motifs qui m’ont fait adopter un mot si peu littéraire.