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persécution, les familles-souches que nous devrions imiter se comptent encore, en France, par dizaines de mille. Dans le reste de l’Europe, elles constituent, comme dans le passé, des populations entières, et, partout où elles se conservent avec l’obligation du travail quotidien, elles font régner la paix et la liberté.

Je redis enfin que la famille-souche montre surtout sa fécondité dans la classe des paysans. Or ce milieu social ne laisse pas le moindre prétexte au reproche banal adressé chez nous à la pratique de la transmission intégrale des ateliers de travail. En instituant à chaque génération un héritier, la famille-souche agricole ne sacrifie pas l’intérêt des cadets à celui de l’aîné. Loin de là, elle condamne ce dernier à renoncer toute sa vie, en faveur de ses frères, puis de ses propres enfants, au produit net de son travail. Elle obtient le sacrifice de l’intérêt matériel par une compensation tirée de l’ordre moral par la considération attachée à la possession du foyer paternel.


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