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ner une grande force à ces vérités essentielles en les plaçant sous l’autorité de saint Augustin. Selon les observations directes faites par ce grand homme, les petits enfants ressentent avec une énergie croissant en proportion des forces physiques, l’orgueil, l’envie, la haine, la colère et les autres vices de l’humanité ; en sorte que la corruption déborde dès que les hommes faits n’inculquent plus, avec vigilance, aux jeunes générations la dignité des manières et le respect de la loi morale. À ce point de vue, Notre-Seigneur Jésus-Christ, en louant l’innocence des petits enfants, aurait fait allusion à leur faiblesse et non à leur volonté[1].

Les Français sont rejetés, par les erreurs du Contrat social, en dehors des enseignements de

  1. « La faiblesse des organes est innocente chez les enfants, mais non pas leur âme. J’ai vu, j’ai vu moi-même un petit enfant dévoré par la jalousie : il ne parlait pas encore ; mais, tout pâle, il regardait d’un œil haineux son frère de lait. Est-ce innocence, chez un enfant, que de ne vouloir pas partager une source de lait, si abondante et même trop abondante, avec un enfant aussi que lui ? Est-ce là donc, mon Dieu, cette innocence des enfants ! Non, cette innocence n’existe pas. Ce qu’ils sont alors avec leurs maîtres et leurs pédagogues pour les noix, les balles, les oiseaux, ils le sont plus tard avec tes rois et les magistrats pour de l’or, des terres, des esclaves ; les objets de la passion changent avec les années, comme de plus grands supplices succèdent aux châtiments de l’enfance ; mais, au fond, c’est toujours la même chose. Vous n’avez eu d’autre pensée que de nous donner une leçon d’humilité dans la petite stature des enfants, lorsque vous avez dit (Saint Matthieu, xix, 14) : Le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent. » (Saint Augustin, Confessions, I, vii, 19.)