Page:Le Play, L’Organisation De La Famille, 1884.djvu/138

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


assuré que les bienfaits de cette création resteront acquis à ses descendants. En effet, ces petits domaines ne s’élèvent que dans les lieux où il y a des salaires assurés pour le père, l’héritier et leurs enfants. L’épargne qui continue à être réalisée sur le salaire, et qui se complète par les produits du domaine, est dès lors employée à doter les enfants qui s’établissent au dehors. La famille groupée au foyer peut à l’avenir compter sur les avantages matériels et moraux de la propriété. Elle peut s’élever encore par le talent et la vertu des générations futures ; mais, sous l’influence du travail opiniâtre que la nécessité lui impose, elle ne peut plus déchoir désormais. Cette stabilité grandit jusqu’à ce que la famille ait acquis tout le terrain qu’elle peut cultiver de ses propres mains ; elle diminue, pour les grands domaines, à mesure que le propriétaire, moins étroitement soumis à l’obligation du travail, est plus enclin à oublier la loi morale.

En résumé, la famille-souche la mieux organisée est celle qui se maintient depuis vingt-cinq siècles sur les deux versants des Pyrénées, au midi dans le pays basque, au nord dans le Lavedan et les districts contigus. Elle constitue, pour les propriétaires de tout rang, le régime qui perpétue le mieux la situation des ancêtres. Elle fournit aux ouvriers laborieux et économes le meilleur moyen de s’élever à la propriété.