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résumé qu’à enrichir les usuriers des campagnes, les agioteurs des biens ruraux, le fisc et les gens de loi[1]. Les individus placés aux degrés inférieurs de cette classe ne possèdent, à vrai dire, que les charges de la propriété ; et c’est avec raison qu’ils ont reçu en beaucoup de lieux le nom de propriétaires indigents[2].

On a donc donné le change à l’opinion en signalant le Partage forcé comme une institution favorable à la petite propriété. La vérité est dans l’assertion opposée. Le Partage forcé est un fléau pour l’échelle entière de la propriété ; mais c’est à l’échelon inférieur que le mal se fait surtout sentir.

Cette vérité est mise en évidence lorsque l’on compare les populations qui ont adopté l’un ou l’autre régime de la petite propriété. Les propriétaires indigents pullulent dans les régions soumises au Partage forcé et à la famille instable[3] : ils ne s’offrent qu’à l’état d’exception dans celles où règnent la famille-souche et l’usage du testament. Sous le régime du Lavedan, par exemple, l’ouvrier qui ne vit d’abord que du salaire, et qui réussit à se créer un petit domaine par une longue suite d’épargnes, est

  1. Voir ci-après, Ier Appendice.
  2. Les Ouvriers européens, t. V, Manœuvre agriculteur du Morvan, notes. — La Réforme sociale, 34, XVI.
  3. Les Ouvriers européens, p. 196 ; t. V, Mineur émigrant de la Galice, notes.