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Les petits propriétaires recevraient de cette même coutume un secours encore plus précieux.

Les familles de journaliers ruraux, qui possèdent une chaumière avec quelques petites dépendances, sentiraient plus que les autres les bienfaits d’un meilleur régime. Elles trouveraient surtout dans la coutume du Lavedan d’indicibles satisfactions : car elles échapperaient à la dure oppression du Code civil et de ses agents. Rien ne contribuerait plus à guérir deux plaies dangereuses de notre société, l’antagonisme des classes et la haine de l’autorité. Ces familles, en effet, se comptent en France par millions ; mais elles peuvent rarement offrir des moyens d’existence à leurs enfants. Ceux-ci, obligés de chercher du travail loin du foyer, livrés prématurément aux périls de l’indépendance, ne sont guère en situation d’acquérir les vertus qui ont élevé leur père aux premiers échelons de la propriété. N’ayant pu s’aider des conseils du père, ils ne profitent pas mieux du partage de sa succession. Si les héritiers vendent le domaine paternel à un étranger, ils dissipent promptement le produit de cette vente et retombent dans la classe dénuée de toute propriété. S’ils font un partage en nature, ils concilient difficilement l’exploitation de leur parcelle avec le genre de travail qu’ils ont adopté. Si l’un d’eux se porte acquéreur du domaine, il est gêné toute sa vie par