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mandie notamment, sous la fatale influence du Partage forcé[1]. La communauté et la cohabitation sont fermement maintenues parmi les membres des générations successives. L’observation de ce grand principe est facilitée par l’institution des héritières, qui écarte tout naturellement les conflits des belles-mères et des brus[2]. Elle assure aux groupes naturels fondés sur les liens de parenté les avantages qu’on s’efforce en vain de créer à l’aide d’associations factices. Elle fait d’ailleurs participer autant que possible la petite propriété aux avantages de la grande culture. Enfin la coutume du Lavedan règle l’héritage dans

  1. L’organisation du travail, p. 468 et 477. Grâce à d’éminents écrivains, parmi lesquels on doit citer M. Paul Leroy-Beaulieu (De la Colonisation chez les peuples modernes, 2e édit., 1882, préface), l’opinion publique semble comprendre que notre patrie, sous peine d’une déchéance définitive, ne peut plus se désintéresser des œuvres de colonisation. Mais, d’autre part, la certitude de l’héritage détruit tout esprit d’entreprise parmi la jeunesse, et retient la France dans une situation d’irrémédiable infériorité. Voir sur ce point les déclarations décisives de nos chambres de Commerce. (Les Lois de succession appréciées dans leurs effets économiques par les chambres de commerce de France, par le comte de Butenval, in-18, 3e édit., 1883.)
  2. Dans nos familles-souches de métayers du Limousin et de la France centrale, la désorganisation du foyer vient habituellement de la rébellion des brus, qui inculquent toujours leurs rancunes à leurs maris. La conscription est également une cause de ruine pour ces familles ; mais, par compensation, elle donne souvent la priorité au mariage de la fille aînée, qui devient ainsi la première associée de sa mère et accepte docilement son autorité. Cette compensation aux inconvénients de la guerre, de la paix armée et des expéditions maritimes, m’a été souvent signalée dans les contrées à famille-souche.