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mode[1]. Ils se chargent ainsi de compléter l’œuvre de destruction que le Code seul n’aurait pu accomplira[2].

Il en est autrement pour la petite propriété : la jeunesse, ne pouvant attendre de son droit de naissance que des avantages insignifiants, reste soumise à la salutaire obligation du travail.

  1. Les désordres de la jeunesse riche ont singulièrement contribué à développer le mal aux époques de corruption. Sous les derniers Valois, ils ont été signalés dans les mêmes termes que pendant la décadence des Grecs et des Romains. Sous les règnes de Charles IX et de Henri III, l’auteur des Essais signala ce danger dans les termes suivants :
    « Platon, en ses loix, n’estime peste au monde plus dommageable à sa cité, que de laisser prendre liberté à la jeunesse de changer en accoutrements, en gestes, en danses, en exercices et en chansons d’une forme à une aultre. » ( Montaigne, Essais, I, xliii.)
  2. À l’époque de Montaigne, les désordres émanant du droit de naissance au sein des classes riches étaient surtout la spécialité des aînés : aujourd’hui, ils règnent également chez tous les enfants d’une même génération. Sous l’influence des fortunes rapides créées de notre temps, le mal s’est développé avec une rapidité extrême. On en peut juger par un fait significatif. Les autorités publiques, après avoir enlevé aux pères le pouvoir de réprimer les vices de leurs enfants, ont le devoir d’intervenir elles-mêmes quand ces vices excèdent certaines limites. Elles interdisent aux jeunes prodigues le pouvoir de dissiper leur fortune. Or on a constaté que le nombre des prodigues annuellement soumis à un conseil judiciaire augmente sans cesse au sein d’une population décroissante. L’usage du tabac devenu presque général, en France, pendant le cours de la dernière génération, est encore un funeste exemple de la décadence qui peut être introduite au sein d’une race d’hommes, par l’esprit de nouveauté de la jeunesse riche. Il est peu de désordres qui aient exercé une influence aussi regrettable sur la constitution physique, intellectuelle et morale de notre nation.