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Les petits propriétaires furent plus heureux en d’autres régions de l’Occident. Sous leur influence se créèrent, dès le moyen âge, les premiers éléments du régime représentatif. Combattu habituellement par les grands vassaux et les rois aidés des légistes du droit romain, ce régime eut, selon les temps et les lieux, des fortunes très diverses. Mais, dans tous les États où il s’est maintenu, il a conservé le bienfait des libertés locales, sous les constitutions sociales les plus opposées en Suisse et en Biscaye, comme en Écosse et en Angleterre.

On ne saurait trop signaler l’influence que les organisations spéciales de la famille-souche exercèrent sur les destinées du gouvernement représentatif. Sous le régime de la propriété stable, les petits ont toujours été plus aptes que les grands à fonder de bons gouvernements sur l’équitable représentation de tous les intérêts. Or cette supériorité ne tient pas seulement à ce que les petits propriétaires, voués à un travail opiniâtre, échappent à la corruption qu’engendrent la richesse et l’oisiveté. Elle résulte surtout de ce que les pères, en choisissant librement leurs héritiers, ont le pouvoir de placer, sous la direction du plus digne, chaque génération de la famille. Si l’Angleterre unit de nos jours mieux que toute autre grande

    toute justice, au gentilhomme normand. (Lettres de Colbert, du 17 août au 27 septembre 1659.)