Page:Le Play, L’Organisation De La Famille, 1884.djvu/101

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grands vassaux. Ils ne purent soustraire le royaume aux épreuves qui lui furent successivement infligées par la féodalité et la monarchie absolue. Cette entreprise fut souvent tentée sans succès par la petite propriété alliée aux communautés et à la petite noblesse mais elle fut toujours combattue par l’égoïsme inintelligent des grands vassaux et des rois ; et elle échoua définitivement, après la Fronde, par ces mêmes causes, auxquelles s’ajouta le déplorable concours des légistes et des fonctionnaires[1].

    à Henri IV le bien-être dont jouissaient encore, en 1787, les petits propriétaires du Béarn. Ce bien-être se conservait depuis un temps immémorial sous la salutaire influence de la famille-souche, du domaine aggloméré, du testament, de la propriété libre et individuelle (§ 9). C’est, au contraire, l’existence de ce bien-être, resté dans l’esprit du roi avec les souvenirs d’enfance, qui suggéra à ce souverain le désir d’étendre les mêmes bienfaits aux contrées appauvries par l’organisation vicieuse de la famille et par les abus de la féodalité.

  1. L’une des regrettables lacunes de notre histoire est le manque d’informations méthodiques sur les efforts tentés, pour la conservation ou la restauration des libertés locales, pendant les six siècles qui ont précédé la révolution de 1789. Ces efforts sont habituellement venus des petits propriétaires ruraux et de la petite noblesse alliés d’abord contre les grands vassaux, puis contre les monarques absolus. Dans ces tentatives si dignes d’un meilleur sort, la France a été moins heureuse que l’Angleterre ; mais elle devrait du moins honorer la mémoire de ses héros et de ses martyrs. L’un des plus douloureux épisodes de cette histoire est la condamnation et la mort du marquis de Bonnesson, à l’époque où la cour refusa d’accomplir les promesses qu’elle avait faites, pendant la guerre de la Fronde, pour obtenir la pacification de la Normandie. Colbert a raconté lui-même à Mazarin, en faisant étalage de son zèle, le traitement cruel infligé, au mépris de